Comprendre la crise des Subprimes

19 02 2008

La crise des Subprimes a touché le monde de la finance en août 2007.

Les conséquences n’ont pas été immédiates et les impacts sur l’économie des sociétés et des pays ne sont toujours pas connus.

Avant de revenir sur l’origine de la crise et son effet boule de neige, comprenons ce qu’est un « Subprime ».

Les Subprimes

Les Subprimes sont des crédits immobiliers hypothécaires à risques.
En quelques mots simples, son principe permet à une personne d’acheter un bien immobilier à un taux d’intérêt fixe particulièrement faible les 2 premières années (par ex : 1.45%) puis de basculer ensuite sur un taux variable contenant une prime de risque (ex : 8%). En contrepartie, le bien immobilier est hypothéqué.

Dans ce cas, les crédits sont attribués après examen de la valeur du bien immobilier désiré contrairement aux pratiques françaises où les banques accordent un crédit suivant la solvabilité de l’emprunteur.

Les mensualités de remboursement augmentent de manière significatives après la deuxième année, rendant impossible à la plupart des acheteurs de rembourser leur prêts.
Ces derniers vendaient leur bien immobilier avec une plus-value (le marché immobilier américain augmentant de 10% par an) leur permettant de rembourser l’emprunt et les intérêts et de, pourquoi pas, reprendre un crédit Subprime sur un autre bien immobilier.

La baisse du marché immobilier américain

Les bénéficiaires des Subprimes souhaitant vendre leur bien immobilier au bout des 2 ans se sont confrontés en 2007 à la baisse du marché immobilier américain.
La valeur du bien immobilier a diminué depuis son achat : la vente ne permet plus de rembourser le crédit Subprime.

L’emprunteur du crédit Subprime se déclare en faillite personnelle, la banque récupère la maison et la met en vente. Elle sera vendu avec une perte importante pouvant aller à plus de 20%.

A lété dernier, près de 1,5 millions de procédures de déclaration de faillite personnelle étaient en cours et d’après le Sénat américain près de 3 millions de ménages pourraient perdre leur logement.

L’effondrement des Organismes Spécialisés…

Les organismes de Crédit spécialisés dans les Subprimes voient les défauts de remboursement s’accumuler et engendrent des pertes énormes dues aux moins-values effectuées sur la vente des maisons saisies.

Ces pertes significatives ont causé la faillite de plus d’une trentaines d’organismes de crédit, ceux toujours présents provisionnent des montants de pertes de plusieurs centaines de millions de dollars.

…annonce une crise financière

Les organismes de crédits spécialisés dans les Subprimes s’écroulent et le monde de la finance suit.
Quel lien existe-t-il entre le marché immobilier américain et l’économie mondiale ?

La réponse se trouve dans le mot « Titrisation »

La Titrisation

Pour résumer, la titrisation consiste à transformer ses créances ou d’autres actifs en titres financiers que l’on peut ensuite échanger sur les marchés financiers.

Pour financer ces crédits, les organismes spécialisés transformaient les prêts à risque accordés à leurs clients en produits financiers qui allaient être échangés sur les marchés financiers.

Les produits financiers créés étaient classés dans la catégorie des produits à risque et comme tout produits risqués les plus-values potentielles sont beaucoup plus importantes que d’autres produits sans risque.

Tant que le marché immobilier américain était en hausse ces produits immobiliers rapportaient de l’argent mais plus depuis l’été 2007.

Qui sont les clients de ce type de produit financier ?

Tout ceux souhaitant générer des plus-values importantes en acceptant un risque élevé.
On y retrouve essentiellement des banques (américaine, française, …) mais également des institutionnels.

Impacts

Hors certains véhicules financiers, groupes de produits financiers vendus, étaient assez opaques permettant de les « remplir » de produits financiers variés sans en préciser la nature : comme des subprimes « titrisés ».

Les banques et les institutionnels achetaient des produits financiers sans savoir que ces derniers contenaient des produits liés aux Subprimes.

Ce point déclenche de nombreuses conséquences :

  • Un grand nombre de banques (voir toutes les banques) possèdent dans leurs portefeuilles des produits liés aux Subprimes entrainant la chute de la valeur de leur portefeuille suite à la crise des Subprimes : les OPCVM de BNP Paribas fermés durant l’été ne sont qu’un exemple.
  • Ne pouvant identifier clairement les véhicules financiers achetés contenant des produits liés aux Subprimes, aucune Banque, aucun investisseur, n’est capable de mesurer l’impact réel de la crise sur leurs portefeuilles : les estimations sont effectuées au fur et à mesure comme celle de la Société Générale qui en janvier 2008 a annoncé 2.05 milliards d’euros de dépréciation d’actif.
    Les défauts de remboursement des crédits Subprimes aux Etats Unis ne faisant que commencer, les premières dépréciations passées par les investisseurs ne sont que le commencement de la crise.
  • Les banques ne sachant pas évaluer leurs pertes liées aux Subprimes, les faillites de plusieurs dizaines d’organismes de crédit à risque et la tension sur les marchés poussent les banques à un comportement extrêmement méfiant entre elles et n’osent plus se prêter de l’argent de peur de ne pas être remboursées suite à une hypothétique faillite de l’emprunteur.

La crise de l’été 07 et après…

La crise de l’été 2007 va provoquer de nombreuses remises en question et mettre en cause des systèmes déficients :

  • l’un des acteurs clés de la finance est pointé du doigt, il s’agit des agences de notation qui n’ont pas su anticiper la baisse du marché immobilier américain et abaisser la note des organismes de crédits à risque.
  • la non transparence des véhicules financiers liés aux subprimes et leur mauvaise catégorisation sont également remis en cause : certains véhicules étaient classés en produit monétaire correspondant à des produits à risque faible.

Certains acteurs sont à surveiller :

  • les réhausseurs de Crédits : dernière digue contenant la crise, ces organismes voient en ce moment leur note se dégrader entrainant de nouvelles dépréciations d’actifs.
  • les Banques Centrales : la réaction de la FED qui avait décidé d’abaisser sont taux directeur au début de la crise a permis aux marchés de reprendre du souffle.

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ps : pour toute demande d’information complémentaire ou réaction n’hésitez pas à laisser des commentaires.
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L’organisation d’une Banque de Financement et d’Investissement

14 02 2008

L’organisation opérationnelle des banques est assez identique que l’on parle de ‘banque aux particuliers’, ‘banque de Financement et d’Investissement’ ou bien de ‘gestion d’actif’, elles sont composées de 3 grands services :

  • le Front Office
  • le Middle Office
  • le Back Office

Nous allons tout particulièrement nous intéresser à l’organisation d’une Banque de Financement et d’Investissement et mettre en avant les différents types de contrôle mis en place.

Le Front Office :

Le Front Office est composé essentiellement de la Salle des Marchés. Les traders travaillant dans la salle des marchés sont organisés par type de produit (Action, Dérivés de Taux, Trésorerie, Dérivés de Crédits, …) puis par stratégie (opérations à court terme, long terme, …).
Les traders prennent des positions sur les marchés financiers , le risque se situe donc à leur niveau.

Les produits et stratégies gérés par les traders sont vendus aux clients de la banque par les sales (vendeurs en anglais). Ces derniers sont également répartis par type de produit.

D’autres équipes sont présentes au Front Office et interviennent en support aux traders.
On y retrouve :

  • les analystes financiers qui donnent des avis sur le comportement des marchés financiers, d’un produit particulier.
  • les quants qui créent des nouveaux produits financiers qui seront exploités par les traders et vendus par les sales aux clients de la banques.
  • les informaticiens dédiés présents afin de gérer les systèmes d’informations de la salle de marché et de procurer tous les outils nécessaires aux traders.

Le Front Office est très souvent considérée comme la vitrine de la Banque.

Le Middle Office :

Le Middle Office a un rôle de gestion du risque et de validation du résultat du Front Office.

Le Middle Office est en charge de vérifier que des positions à risques, dangereuses pour la banque, ne sont pas prises par les traders.
Il effectue des contrôles sur toutes les opérations afin de vérifier les montants engagés, les contreparties avec lesquelles les opérations sont effectuées, la correcte couverture des opérations financières.
Il intervient afin d’assurer la bonne maîtrise des risques de change, de liquidité, de taux et de contreparie.

Le Middle Office est également en charge de valider le résultat du Front Office en comparant le résultat annoncé par le Front Office et celui présent dans les systèmes d’informations.

Le Middle Office a, depuis plusieurs années, un rôle de plus en plus important notamment dans le suivi des risques. Les différentes réglementations (ex : Bâles II) imposant un contrôle et un suivi très stricts.

Le Back Office :

Le Back Office est le bout de la chaine : toute opération traitée par les traders aura un impact soit sur le paiement à la contrepartie soit sur la réception du versement dû par la contrepartie de l’opération.
Il a un rôle de contrôle sur les flux de paiement entrant et sortant de la banque.
Le Back Office gère une part administrative importante.

Le Back Office est également en charge de la comptabilisation dans les comptes de la banques de toutes les opérations, des gains et des pertes.

Le Contrôle Interne :

Le service de Contrôle Interne est chargé de vérifier si les méthodes de travail dictées par la Banque sont correctement appliquées dans tous les services.

Le Contrôle Interne va donc vérifier la correcte application des procédures internes décrivant les bonnes manières de travail (‘best practices’), les contrôles à effectuer, le rôle de chacun au sein du service et au sein de l’organisation.

Il a le pouvoir de demander la mise en place de contrôles accentués sur un point particulier ou bien de redéfinir les méthodes de travail.





Comprendre le scandale de la Société Générale

8 02 2008

La fraude dont la Société Générale a été la cible est historique de part le montant des pertes (4,9 milliards d’euros) et de part l’impact en terme d’image.

Pour rappel, la Société Générale est l’une des premières banques européennes.
Ses activités bancaires se composent essentiellement en deux catégories :

  • la banque de détail : ce sont les agences que nous voyons dans la rue, où tout particulier peut ouvrir un compte pour y déposer de l’argent et bénéficier de services bancaires : carte bleu, chèque, prêt, …
  • la banque de financement et d’investissement : une banque dans la banque dont le rôle est de financer les projets des entreprises, investir sur les marchés financiers au nom des clients de la banque ou au nom de la banque (on parlera alors d’opération pour compte propre).
    La baque de financement et d’investissement de la Société Générale s’appelle la Société Générale Corporate and Investment Banking ou SGCIB (prononcer sguibe).
  • d’autres activités bancaires : gestion d’actifs, …

La fraude a été effectué par un trader (trader : personne qui achète/vend des produits financiers sur les marchés financiers dans le but d’en retirer un gain) travaillant dans le service des dérivés actions de la Société Générale et plus précisément dans la cellule Arbitrage sur les indices Européens (les dérivés actions sont des produits financier permettant de prendre un pari sur la hausse ou la baisse d’une action, par exemple, si je pense que le cours de l’action France Telecom va baisser dans 3 mois, il existe un produit financier que je peux acheter qui me permettra de gagner de l’argent si le cours de l’action France Telecom a effectivement baissé dans 3 mois, on parle alors d’un ‘put sur l’action France Telecom’ -à l’inverse, si je pari sur la hausse d’une action j’acheterai un ‘call sur l’action France Telecom’-).

Qu’est ce que l’Arbitrage :

Le principe d’arbitrage consiste à profiter de la différence de prix sur les différents marchés financiers pour en tirer un gain, par exemple, un produit financier cotée sur deux marchés financiers différent (Londres et Paris par exemple) aura un cours pratiquement équivalent, l’arbitrage consiste à jouer sur ce ‘pratiquement’ en achetant le produit sur le marché le moins cher et en le revendant sur le marché le plus cher.
Le gain sera peu important mais répéter de nombreuse fois, l’arbitrage peut rapporter beaucoup.
L’arbitrage est une opération sans risque car lorsqu’une position est prise, son opposé l’est également : lorsque je constate un écart de prix sur deux marchés, j’achète sur le marché A et revend immédiatement sur le marché B. Le risque est donc maîtrisé.
L’arbitrage sur les indices fonctionne de manière identique, seul le sous-jacent (l’action, l’indice, … concerné) change.

Comment le trader J.K. a t il pu alors perdre 4,9 milliards d’euros ?

Si l’on suit les principes d’arbitrage énoncés ci-dessus, on peut logiquement se demander comment une telle perte a t elle pu se produire ?

Le fait est que le trader J.K. effectuait la moitié de la transaction d’arbitrage, il achetait et faisait croire qu’il vendait en créant de fausses opérations de vente.
Pour les contrôleurs, l’opération d’arbitrage était correctement effectuée mais en réalité l’indice que J.K avait achetait pour le revendre était toujours présent dans les comptes de la banque.

Des connaissances passées exploitées

Le jeune trader J.K. a un profil différent de ces collègues traders, il avait précédemment travaillé au Middle Office de la SGCIB (le Middle Office est le service contrôlant constamment le travail des traders, vérifiant que les risques qu’ils prennent sont limités et correctement couverts).
Son passé au Middle Office lui a appris les contrôles effectués : quand ils étaient effectués et les différents type de contrôles utilisés. Il a ensuite utilisé ses connaissances pour masquer ses opérations frauduleuses durant les contrôles.